
Elle le regarda dormir un moment, assise sur un petit pouf placé contre le mur.
"Comme il a l'air paisible..." pensa-t-elle, déjà nostalgique de
ce qu'il s'était passé à peine quqlues heures plus tôt.
Joanna était comme ça.
Très conservatrice. Très mélancolique. Très peureuse.
Peureuse du vide et surtout, de ce qui n'est pas encore arrivé.
En l'occurence, elle avait passé une très agréable soirée avec un homme, s'était
détendue avec lui au bar d'une boîte qu'elle affectionnait tout particulièrement, avait
ri à ses blagues, frissonné au contact de sa main sur ses cuisses, gloussé
nerveusement à son invitation à passer boire un dernier verre chez lui, fait
semblant de ne pas comprendre quand il avait dit qu'il allait se changer de
chemise, et l'avait rejoint dans sa chambre alors qu'il enlevait celle qu'il portait.
Il s'était retourné vers elle en souriant, elle lui avait souri en retour et
avait passé ses bras derrière sa tête. Ennivré par sa fraîcheur, il l'avait
embrassée et s'était empressé de la coucher sur le lit. Après s'être
déshabillés, ils avaient fait l'amour pendant deux heures.
Quelquepart dans New York, la petite-amie de Brian dormait.

Alors, sans savoir pourquoi, Joanna se mit à pleurer.
A pleurer en silence.
Pour combler le vide des mots. Le vide des gestes.
Les larmes coulèrent sans qu'elle les ait vraiment prévues. Ca ne
faisait même pas mal... même pas dans le coeur.
Elle ne ressentait aucune envie de hoqueter, de hurler.
Juste de laisser couler ses larmes... ni heureuse ni malheureuse.
Dans cet appartement qu'elle ne connaissait pas, dans l'appartement
d'un type qu'en définitive elle ne connaissait pas.
Au milieu d'une vie qui n'était pas la sienne.

Avec pour seuls souvenirs des images qui n'appartenaient ni
à son passé, ni à son présent, ni à son futur.
N'importe quelle personne ayant vu les mêmes images
qu'elle l'aurait déclarée fiancée de Brian.
Mais elle ne l'était pas.
Elle l'avait volé.
Il n'était qu'un pion, un objet.
Et elle s'était emparé de cet objet sans en avoir le droit.
Sauf qu'aujourd'hui la petite fille ne jetait pas son jouet.
Elle se jetait elle-même.
Et le jouet... se nourissait de son essence vitale pour s'animer.
Le jouet vivrait loin d'elle.
Dans un monde suprêmement différent du sien.































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